Brest se traîne vers la ligne d'arrivée d'une campagne qui promettait autrefois bien plus. Après avoir assuré leur maintien en Ligue 1 avec une facilité surprenante, l'équipe d'Eric Roy a complètement perdu le fil, n'ayant remporté aucun de ses sept derniers matches dans l'élite. La dernière victoire remonte au 8 mars, un succès 2-0 à domicile contre Le Havre qui les laissait à seulement cinq points d'une place européenne. Deux mois plus tard, l'écart a gonflé à 18 points, insurmontable, illustrant un effondrement spectaculaire de forme.
Les chiffres brossent un tableau sombre. Depuis cette victoire contre Le Havre, Brest a subi des défaites humiliantes, notamment une déroute 0-3 à Auxerre et une raclée 0-4 contre le Paris FC. Même lorsqu'ils ont montré des signes de vie, cela a été éphémère — une défaite 3-4 contre Rennes et un match nul 3-3 avec Lens ont offert du spectacle mais aucune récompense tangible. Au cours de ces sept matches, ils ont été percés à plusieurs reprises, tandis que leurs buteurs autrefois fiables se sont tus.
Ludovic Ajorque et Romain Del Castillo, les deux piliers de l'attaque de Brest, ont tous deux heurté un mur. Ajorque, qui plus tôt dans la saison créait plus qu'il ne finissait avec neuf passes décisives, est bloqué à sept buts depuis plus de deux mois. Del Castillo, avec huit, n'a pas fait mieux. La course interne pour être meilleur buteur est devenue un sous-intrigue indésirable, un symbole de la paralysie offensive de l'équipe. Pour une équipe qui se vantait de son efficacité, la disette est alarmante.
Eric Roy a été franc quant à l'urgence de la situation. S'adressant à la presse cette semaine, il a souligné que ses joueurs ne peuvent pas se permettre de laisser la saison se terminer en queue de poisson. "Nous avons la possibilité de bien finir et de nous améliorer, nous ne devons donc pas manquer cette opportunité", a-t-il insisté. L'entraîneur est bien conscient que les deux derniers matches représentent une chance d'arrêter la glissade et d'éviter de descendre "quatre étages" en termes de niveau de performance par rapport à leur étroite défaite 0-1 contre le Paris Saint-Germain dimanche dernier.
Cette défaite contre le PSG, bien que décevante, a offert un schéma tactique. Roy a déployé une défense à cinq non conventionnelle avec un trio central inédit composé de Le Guen, Tousart et Diaz. C'était né de la nécessité : le capitaine Brendan Chardonnet était écarté en raison d'une blessure aux côtes et reste incertain, tandis que S. Coulibaly est absent pour un problème au tibia. L'expérience a produit une forme plus compacte, et Roy a laissé entendre qu'il pourrait la conserver, surtout si Chardonnet ne se rétablit pas à temps.
La liste des blessés est un handicap important. Le leadership et le sang-froid de Chardonnet à l'arrière ont cruellement manqué, tandis que l'absence de Coulibaly affaiblit davantage une arrière-garde déjà fragile. Leur indisponibilité a forcé Roy à improviser, mais la solidité défensive montrée à Paris offre une lueur d'espoir que Brest peut au moins être plus difficile à battre lors de ses prochains matches.
En dehors du terrain, l'incertitude tourbillonne autour du club. L'annonce fracassante que le directeur sportif Grégory Lorenzi part, avec Marseille plutôt que Nice comme destination, a envoyé des ondes de choc à travers l'organisation. Le départ prévu de Lorenzi, confirmé plus tôt ce mois-ci, signifie que Brest doit trouver son successeur tout en planifiant une refonte de l'effectif. Le président Denis Le Saint a cherché à calmer les spéculations selon lesquelles l'ancien international français Yohan Cabaye serait déjà pressenti, déclarant aux journalistes que rien n'a été décidé. "Il y a beaucoup d'incertitudes autour du club, cela soulève des questions, mais je n'en sais pas plus", a admis Roy, soulignant le sentiment de flottement.
Le timing pourrait difficilement être pire. Avec une équipe sous-performante et des changements clés de personnel à l'horizon, les deux derniers matches ont pris une importance démesurée. Finir en force non seulement restaurerait une certaine fierté, mais offrirait également une vision plus claire pour la reconstruction estivale. À l'inverse, une prolongation de la série sans victoire risque d'aggraver le pessimisme et de soulever des questions sur l'avenir même de Roy, malgré son contrat qui court jusqu'en 2027.
Brest se trouve à la croisée des chemins. Leur forme de début de saison les faisait rêver d'une finition dans le top 10 ; maintenant ils essaient simplement d'éviter une chute libre totale. Les adversaires restants seront tout aussi motivés, et les marges sont plus fines que jamais. Une fin de campagne positive pourrait masquer les fissures récentes, tandis qu'une mauvaise pourrait accélérer le besoin d'un reset — qui est déjà en cours dans la salle du conseil.
Pour Roy, la tâche immédiate est simple : gagner. Il sait que ses joueurs ont la qualité, comme démontré dans les deux premiers tiers de la saison. Le réglage tactique contre le PSG, les appels au ralliement lors des conférences de presse, et le besoin sous-jacent de rassurer une base de supporters agitée pointent tous vers une semaine cruciale à venir. Brest ne doit pas laisser cette opportunité passer, de peur de dériver vers l'été avec rien d'autre que des regrets.
Basé sur les rapports de L'Équipe.