L'OGC Nice fait face à une crise de sélection qu'il a lui-même créée alors qu'il se prépare pour le match le plus crucial de l'histoire récente du club. Le barrage de relégation de Ligue 1 contre Saint-Étienne, disputé en deux manches les 26 et 29 mai, décidera si Les Aiglons préservent leur statut en première division ou subissent l'ignominie de la relégation. Pourtant, avec la fenêtre internationale des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026 s'ouvrant dans la même période, l'entraîneur Claude Puel voit ses options s'évaporer. Les absences d'Hicham Boudaoui et d'Ali Abdi – deux titulaires dans le onze de départ – menacent de compromettre la tentative de survie de Nice au pire moment possible.
Nice a trébuché pour terminer à la 17e place de la Ligue 1, son plus bas classement depuis 2010-11, et doit maintenant négocier un barrage en deux manches contre Saint-Étienne, troisième de Ligue 2. Le match aller se déroule au Stade Geoffroy-Guichard mardi soir, avec le match retour prévu à l'Allianz Riviera vendredi soir. Le calendrier serré posait déjà des défis physiques et tactiques, mais le chevauchement du calendrier FIFA a créé un casse-tête administratif qui pourrait s'avérer décisif.
Le club a tout de même reçu quelques bonnes nouvelles plus tôt cette semaine : les attaquants Elye Wahi (Côte d'Ivoire), Yehvann Diouf et Alexandre Mendy (tous deux Sénégal) ont obtenu l'autorisation de leurs fédérations respectives de rester à Nice jusqu'après le match retour. Ce trio sera disponible pour les deux matches, préservant une certaine profondeur offensive. Cependant, les fédérations algérienne et tunisienne ont adopté une ligne plus dure, laissant Puel sans deux joueurs qui ont été essentiels à son système.
Hicham Boudaoui, le dynamique milieu de terrain de 24 ans, est devenu un pilier sous Puel cette saison, débutant 28 des 34 matches de championnat. Son énergie de boxe à boxe et sa discipline tactique l'ont rendu irremplaçable dans une équipe souvent éprouvée par les blessures. Pourtant, à l'heure actuelle, la Fédération algérienne de football n'a autorisé Boudaoui que pour le match aller. La fédération souhaiterait qu'il rejoigne le camp de l'équipe nationale immédiatement après le match de mardi, l'excluant du match retour à moins qu'un compromis de dernière minute ne soit trouvé. Perdre Boudaoui pour le match décisif obligerait Puel à reconfigurer entièrement son milieu de terrain – un pari dans un match où le contrôle et le sang-froid seront primordiaux.
La situation est encore plus aiguë au poste d'arrière gauche. Ali Abdi, l'international tunisien, a été sans doute le défenseur le plus régulier de Nice depuis son arrivée l'été dernier. Alerte, bon positionnement et agressif dans les duels un contre un, Abdi a débuté 31 des 34 matches de Ligue 1 et a fourni une solution offensive avec ses chevauchées. Plusieurs sources indiquent que l'entraîneur de la Tunisie, Sabri Lamouchi, a refusé de libérer Abdi pour l'un ou l'autre match, insistant pour que le latéral se présente avant le début des barrages. Abdi serait profondément frustré par cette décision et souhaite désespérément aider son club, mais la position de Lamouchi semble définitive. Sans Abdi, Nice perd non seulement un pilier défensif mais aussi un leader sur le flanc gauche.
Ce double coup change complètement la donne. Nice abordait les barrages en tant que favori compte tenu de son pedigree en première division et de la valeur supérieure de son effectif, mais le remaniement forcé réduit l'écart. Puel, connu pour son approche pragmatique, pourrait désormais être contraint de déployer un dispositif plus conservateur, surtout lors du match aller, pour éviter de laisser une défense vulnérable exposée. Les remplaçants potentiels – les jeunes et inexpérimentés des rangs de l'académie ou les milieux de terrain reconvertis – manquent de rythme de match et de compréhension du système, ce qui augmente le risque d'erreurs individuelles qu'une équipe comme Saint-Étienne, portée par son public, cherchera à exploiter.
Ce n'est pas la première fois que le calendrier international entre en conflit avec les barrages nationaux, mais le cycle de la Coupe du Monde 2026 a ajouté de l'urgence pour les fédérations africaines, dont beaucoup sont confrontées à des qualifications cruciales. Le report de la CAN et le format élargi de la Coupe du Monde ont comprimé les fenêtres, laissant peu de place à la négociation. Pour Puel, c'est une pilule amère : un entraîneur qui a déjà dû faire face à une crise chronique de blessures doit maintenant composer avec la perte administrative de joueurs clés dans un match qui pourrait définir la trajectoire du club pour des années.
Les implications vont au-delà du terrain. La relégation déclencherait un séisme financier pour Nice, propriété d'INEOS, réduisant les revenus des droits de diffusion et des contrats commerciaux, et forcerait probablement un exode des joueurs aux salaires élevés. L'attrait du projet ambitieux du club, récemment renforcé par des investissements et une campagne de Ligue Europa Conférence, serait sérieusement terni. Pour Saint-Étienne, les barrages représentent une chance de revenir dans l'élite après deux saisons en deuxième division ; ils considéreront la malchance de Nice comme une occasion en or de faire pencher la balance en leur faveur.
En privé, la hiérarchie de Nice espère encore une intervention de dernière minute. Le service juridique du club et la fédération française de football pourraient exercer une pression diplomatique, mais les règlements de la FIFA favorisent généralement les équipes nationales pendant les fenêtres internationales officielles. Alors qu'il ne reste que quelques jours, le temps presse pour modifier l'issue pour Boudaoui, et le cas d'Abdi semble perdu. L'attention se tourne maintenant vers la façon dont Puel remaniera son onze. Il pourrait pousser le milieu de terrain Melvin Bard dans un rôle plus défensif ou opter pour une défense à trois pour masquer l'absence d'arrière latéral, bien que ces solutions soient loin d'être idéales.
Le match aller à Saint-Étienne prend désormais encore plus d'importance. Si Nice parvient à obtenir un résultat – idéalement une avance ou un match nul avec des buts – ils pourraient effectivement atténuer l'impact des absences. À l'inverse, tout déficit mettra une pression intolérable sur une défense de fortune pour le retour. La marge d'erreur a disparu.
Alors que le monde du football dans son ensemble débat de l'équité de tels conflits de calendrier, pour Nice le calcul est brutalement simple : surmonter la crise d'effectif et survivre, ou faire face aux conséquences d'un système qui n'a pas de place pour la sentimentalité. Les cinq prochains jours révéleront si la profondeur du club et l'ingéniosité de Puel peuvent défier un scénario qu'aucun d'eux n'a choisi.
Basé sur des reportages de L'Équipe.