L'arrivée de Claude Puel à l'AS Saint-Étienne le 4 octobre 2019 a été présentée comme un tournant. Sept mois après son licenciement de Leicester City, le natif de Castres a remplacé Ghislain Printant avec le plus gros contrat jamais accordé à un entraîneur dans l'histoire du club : 225 000 € brut par mois, hors bonus. Au-delà du banc, Puel a pris le titre de manager général, obtenu un siège au conseil d'administration, et a même orchestré la nomination de son ancien collègue de Lille, Xavier Thuilot, comme directeur général. C'était une concentration de pouvoir destinée à secouer le club de sa léthargie, mais en deux ans, on se souviendrait de cela comme d'une mise en garde.
La lune de miel a éclaté immédiatement. Juste deux jours après sa présentation, l'équipe de Puel a arraché une victoire 1-0 dans le derby contre l'Olympique Lyonnais, Robert Beric convertissant dans les dernières minutes pour introniser momentanément le nouveau patron comme un sauveur. Pourtant, l'effet de bien-être s'est évaporé alors qu'une équipe décimée par les blessures glissait au classement, exposant les failles du grand plan de Puel.
Au cœur de son projet, Puel avait un double objectif. Sur le terrain d'entraînement, il entendait démanteler ce que les initiés appelaient la culture du "chaussons et peignoir" — les privilèges mous accordés aux joueurs seniors — en imposant un régime beaucoup plus strict et rigide. Parallèlement, sous la pression des coprésidents Bernard Caïazzo et Roland Romeyer pour réduire les coûts, il s'est engagé dans un projet axé sur la jeunesse, visant à produire des produits de l'académie vendables. Le modèle avait fonctionné pour Puel lors de ses passages précédents, mais à Saint-Étienne, il exigeait une gestion chirurgicale de l'effectif qu'il était finalement incapable d'assurer.
La tentative d'aplanir la hiérarchie du vestiaire a spectaculairement échoué. Plutôt que d'unir le groupe, la ligne dure de Puel a engendré du ressentiment. La vente de Beric au Chicago Fire en janvier 2020 — le héros du derby écarté parce qu'il ne correspondait plus aux plans de l'entraîneur — a été la première rupture publique, mais ce n'était qu'un signe avant-coureur. La rigidité de Puel a transformé le vestiaire en théâtre de conflits.
Nulle part cela n'a été plus visible que dans le feuilleton avec le gardien Stéphane Ruffier. Pilier de longue date, Ruffier a été relégué en marge, ce que beaucoup dans le club ont interprété comme une provocation calculée. Leur querelle a fuité dans les médias, érodant le peu de bienveillance restante. Parallèlement, une dispute publique absurde en forme de ping-pong avec le défenseur Timothée Kolodziejczak — un joueur avec lequel Puel avait connu du succès à Lyon et Nice — a souligné l'incapacité du manager à gérer les fortes personnalités. Chaque épisode a miné son autorité.
Le pari sur la jeunesse, quant à lui, n'a jamais payé comme promis. Des adolescents talentueux ont été propulsés dans une équipe menacée de relégation, souvent sans la protection de joueurs d'expérience, et le flot attendu de ventes lucratives ne s'est jamais matérialisé. La contradiction de vendre des talents tout en luttant pour le maintien a créé un vide de leadership. Au lieu d'un tapis roulant de stars, Saint-Étienne a obtenu un effectif pris entre austérité et ambition, Puel étant incapable de faire le pont entre les deux.
Alors que les résultats s'aggravaient, la structure de pouvoir qui l'avait intronisé a commencé à s'effilocher. Caïazzo, qui avait initialement préféré un autre entraîneur, s'est éloigné ; le long contrat qui avait autrefois signalé la stabilité est devenu un boulet. Le club a dérivé, pris dans une boucle de mauvais résultats, de relations brisées et d'espoir déclinant. La croisade initiale de Puel contre le confort avait fini par créer son propre confort — un manager protégé par ses propres titres exécutifs mais incapable de diriger sur le terrain.
Rétrospectivement, l'échec est une étude des périls d'une refonte culturelle sans construction de coalition. Puel a misé sur la discipline et la jeunesse mais a aliéné les leaders mêmes qui auraient pu l'aider à survivre. Son héritage à Saint-Étienne est celui de vestiaires fracturés, de querelles publiques et d'un modèle économique défectueux qui a laissé le club plus fragile qu'à son arrivée. Pour un entraîneur qui avait autrefois imposé le respect dans toute la Ligue 1, le passage en vert est un point bas définitif.
Basé sur des reportages de L'Équipe.