Le récit de la convocation de Robin Risser pour la Coupe du Monde est celui d'une transformation et d'une revendication surprenantes. En septembre 2025, alors qu'il signait avec le RC Lens après une sortie acrimonieuse de Strasbourg, un ami proche fit une prédiction audacieuse : à la fin de la saison, Risser serait dans les plans de Didier Deschamps pour la Coupe du Monde. À ce moment-là, l'idée semblait fantaisiste. Risser était un jeune gardien n'ayant encore fait aucune apparition en première division, nourrissant une rancune envers son club formateur pour ne jamais lui avoir confié le rôle de titulaire qu'il convoitait. Pourtant, les paroles de l'ami se révélèrent prophétiques, et en mai 2026, Risser avait non seulement cimenté sa place dans l'équipe de France, mais avait également remporté le trophée du meilleur gardien de Ligue 1, couronnant une ascension fulgurante.
Le parcours de Risser a commencé douloureusement. Strasbourg, le club qui l'a formé, ne l'a jamais vraiment soutenu pour être leur numéro un, une décision qui l'a laissé amer. Un transfert à l'OGC Nice a failli se réaliser, mais le destin en a décidé autrement, le dirigeant plutôt vers Lens. C'est ce changement qui a relancé sa carrière. Au Stade Bollaert-Delelis, Risser a trouvé la confiance et la continuité qui lui avaient été refusées, et il a répondu par des performances qui démentaient son inexpérience.
Dès les premières semaines de la campagne de Ligue 1 2025-2026, Risser s'est démarqué. Ses réflexes, sa maîtrise de la surface et sa distribution l'ont rendu indispensable. Semaine après semaine, il a réalisé des arrêts qui ont valu des points précieux à Lens, et en fin de saison, il était largement reconnu comme le gardien le plus remarquable du championnat. Le trophée UNFP a confirmé ce que beaucoup avaient observé : une star était née. Cette distinction l'a propulsé de l'obscurité relative au cœur des discussions de l'équipe nationale.
Des rumeurs d'une éventuelle convocation circulaient depuis janvier. Franck Raviot, l'entraîneur des gardiens de France, a assisté à plusieurs matchs de Lens pour évaluer le tempérament et la qualité technique de Risser. La Fédération française a également mené des enquêtes discrètes sur sa personnalité, cherchant des détails sur sa conduite et son état d'esprit. Les rapports qui sont revenus décrivaient un jeune homme exceptionnellement mature, posé et calme – des traits rarement trouvés en telle abondance chez un jeune de 21 ans.
Deschamps a abordé le processus de sélection jeudi, soulignant que pour un tournoi comme la Coupe du Monde, la performance est la seule véritable mesure. Il a fait valoir que, même si un entraîneur peut passer outre une baisse de forme pendant une saison régulière, la scène mondiale exige une constance implacable. Deschamps a noté que les hésitations de Risser en fin de saison lui ont probablement coûté une sélection lors des matchs amicaux de mars contre le Brésil et la Colombie, mais la performance globale du gardien sur l'ensemble de la campagne avait finalement rendu la décision simple.
Malgré un petit passage à vide lors des dernières semaines, Risser en avait assez fait. Cette trébuchade aurait pu lui coûter des débuts plus précoces, mais elle n'a pas éclipsé l'ensemble de son travail. L'hésitation de Deschamps n'a fait que souligner le niveau élevé exigé pour les Bleus, et l'inclusion de Risser témoigne désormais de sa résilience.
Ceux qui l'ont entraîné ne sont pas surpris par son développement rapide. Faouzi Amzal, qui a supervisé les progrès de Risser à Red Star l'année précédente, a parlé d'un joueur dont la maturité émotionnelle est remarquable. Selon Amzal, Risser n'a jamais semblé être un jeune de 20 ans brut ; il a plutôt montré une capacité avancée à traiter les revers et à exiger de lui-même avec une intensité qui alimente une amélioration continue. En dehors du terrain, il absorbe les leçons de chaque expérience, cherchant constamment à comprendre son environnement.
La présence de Risser dans l'équipe de la Coupe du Monde redessine la dynamique des gardiens de but de la France. Avec Hugo Lloris retraité, la compétition est féroce entre Mike Maignan et Alphonse Areola. Risser apporte une nouvelle dimension : une option jeune et en forme qui a prouvé sa valeur dans des matchs de Ligue 1 à enjeux élevés. Qu'il s'insère comme troisième choix ou qu'il pousse pour une plus grande implication, son émergence offre à Deschamps une profondeur enviable et une solution à long terme.
L'arc de l'histoire de Risser est plus qu'un triomphe individuel ; c'est une leçon sur la saisie des opportunités. Rejeté par Strasbourg, il a canalisé sa frustration dans un transfert transformateur. La prophétie apparemment farfelue d'un ami est devenue une force motivante plutôt qu'un fardeau. Quand l'occasion s'est présentée, Risser l'a saisie avec un calme qui défiait son âge, redéfinissant ainsi son parcours professionnel.
Maintenant, alors que la France se prépare à défendre son titre de championne du monde, Risser porte avec lui la conviction qui a d'abord scintillé dans une conversation privée il y a neuf mois. Pour Lens, son ascension valide leur flair de recrutement. Pour Risser lui-même, c'est la réalisation d'un rêve qui semblait autrefois impossiblement lointain. Et pour la France, c'est l'émergence d'un gardien qui pourrait bien garder leur cage pendant des années.
D'après le reportage de L'Équipe.