Lorsque les ultras du Paris Saint-Germain défileront dans Budapest avant la finale contre Arsenal à la Puskas Arena samedi soir, les sons familiers de chants puissants et de fumigènes crépitants montreront une fois de plus le soutien fervent du club sur la scène européenne. Pourtant, parmi les milliers de supporters en déplacement, un petit mais croissant contingent de femmes prendra sa place, reflétant une transformation silencieuse au sein d'une culture longtemps définie par des codes masculins.
Le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste de la culture des supporters, estime que les femmes représentent désormais entre 10 et 20 % des groupes ultras, selon le club. « La culture ultra, née entre les années 1960 et 1980, est ancrée dans l'opposition, la domination et la virilité—des valeurs traditionnellement masculines », explique-t-il. « Pour une femme, rejoindre ce cercle nécessite une forme d'affirmation de soi, se demander : 'Suis-je légitime ici ?' »
Hourcade pointe également des barrières structurelles. « Les hommes ont plus d'opportunités d'entrer dans ce monde—en tant que frère, cousin ou ami. C'est plus organique pour eux », dit-il. Les observations du sociologue soulignent le changement progressif mais persistant dans une sous-culture qui a historiquement marginalisé la participation féminine.
Ce changement a été en gestation pendant des décennies. Les premiers groupes ultras en Italie et en France étaient presque exclusivement masculins, utilisant le chant et le spectacle pour projeter force et contrôle territorial. Les femmes qui tentaient de les rejoindre faisaient souvent face au scepticisme ou à une hostilité ouverte. Aujourd'hui, bien qu'un sexisme résiduel persiste, la présence croissante des femmes dans des rôles de leadership au sein de certains groupes a contribué à normaliser leur participation.
Bien que le PSG ait refusé de fournir des données spécifiques sur la répartition par sexe de ses tribunes au Parc des Princes, le Collectif Ultras Paris (CUP), le principal groupe ultra du club, reconnaît une présence féminine de plus en plus visible. « Il y a quinze ou vingt ans, c'était beaucoup plus rare. Aujourd'hui, les femmes font partie intégrante de la foule dans les tribunes », a déclaré un représentant du CUP. « Nous ne faisons pas de différence entre hommes et femmes. Toute personne motivée à s'impliquer est la bienvenue, et nous sommes fiers d'attirer plus de femmes. Cela montre qu'elles se sentent à l'aise et chez elles dans les tribunes. »
Cette évolution n'est pas propre au PSG. Dans toute l'Europe, les scènes de supporters se diversifient lentement, bien que l'identité ultra reste liée aux notions de physicalité et de loyauté tribale. Le parcours des femmes dans ce domaine implique souvent de naviguer dans un paysage où l'acceptation doit être gagnée par un dévouement inébranlable et un soutien vocal.
La prochaine finale contre Arsenal offre une scène de haut niveau pour ces dynamiques. Alors que les ultras parisiens préparent leur chorégraphie, leurs chants et leurs pyrotechnies, les femmes parmi eux contribueront à l'atmosphère avec autant de passion que leurs homologues masculins. Leur présence remet en question les stéréotypes dépassés et élargit la définition de ce que signifie être un fan dévoué.
Pour de nombreuses ultras féminines, l'expérience du jour de match concerne l'appartenance et l'émotion partagée, pas le genre. « Je trouve que c'est plus naturel aujourd'hui », pourrait ressentir une supportrice, faisant écho au sentiment que, bien que le monde reste majoritairement masculin, les barrières s'érodent lentement. L'insistance du CUP sur l'inclusivité signale une volonté de s'adapter, même si le mouvement ultra dans son ensemble conserve son caractère traditionnel.
L'importance s'étend au-delà des tribunes. Alors que les femmes deviennent plus visibles dans les cultures de supporters, elles contribuent à remodeler l'image du soutien footballistique, le rendant plus accessible et représentatif. Cela pourrait avoir des implications à long terme sur la façon dont les clubs interagissent avec leurs bases de fans et dont le sport se commercialise à l'échelle mondiale.
À Budapest, quand la fumée se dissipera et que le premier coup de sifflet retentira, les voix de ces femmes s'élèveront à l'unisson avec des milliers d'autres. Leur présence témoigne du long chemin parcouru et de la route encore à parcourir. Comme le suggère Hourcade, les chiffres peuvent encore être fortement masculins, mais la tendance pointe vers un avenir plus inclusif.
D'après un reportage de L'Équipe.