Le troisième chapitre marquant d'Ernesto Valverde à l'Athletic Club s'est achevé sous les lumières du Santiago Bernabéu, une défaite 3-1 face au Real Madrid qui a semblé une simple note de bas de page pour une époque. Le match lui-même était secondaire face à la gravité de l'occasion : après 504 matchs répartis sur trois mandats, l'homme surnommé « Txingurri » a quitté le banc de San Mamés pour la dernière fois, annonçant une année sabbatique immédiate et laissant derrière lui un héritage qui ne se mesurera pas seulement en chiffres mais aussi dans le respect durable d'un public qui le considère comme l'un des siens.
Les 504 matchs de Valverde sont un record pour un entraîneur du club, s'étendant sur deux décennies de service qui ont apporté un titre de Supercopa de España et des places régulières dans le haut du tableau. Il est arrivé pour la première fois en 2003, est revenu en 2013, puis de nouveau en 2022, chaque fois pour rétablir l'ordre et performer au-delà des attentes d'un club lié par sa politique unique de recrutement basque. Son départ marque la fin d'une ère définie par un pragmatisme tactique, une intelligence émotionnelle et un lien presque paternel avec ses joueurs — un lien qui s'est manifesté de manière brute dans un vestiaire en larmes après le match.
Le dernier match était un microcosme de la saison de l'Athletic : des moments prometteurs minés par une fragilité défensive et une opposition d'élite. Valverde a pointé la chaleur comme facteur aggravant — « El calor ha incidido bastante » — mais aussi le talent pur d'une équipe du Real Madrid capable de faire la différence sans avertissement. Kylian Mbappé, inévitablement, a fait la différence, son doublé scellant une victoire qui maintenait l'Athletic en milieu de tableau. Le score de 2-1 à la mi-temps donnait de l'espoir, mais après la pause, comme Valverde l'a admis, « nos hemos descontrolado un poco », les visiteurs se sont désunis. Le tranchant clinique de Madrid a puni chaque erreur, laissant l'Athletic songer à ce qui aurait pu être dans une campagne de Liga qui s'est éloignée des attentes d'avant-saison.
Cette saison nationale décevante a pesé lourdement sur l'esprit de Valverde. « En la Liga no es lo que hemos querido », a-t-il déclaré, reconnaissant l'écart entre les premières aspirations et le bilan final. Le club visait une qualification européenne mais a finalement terminé plus près de la zone de relégation que des places continentales — une réalité qui a peut-être rendu sa décision de prendre du recul plus facile. Le football, a-t-il observé, est un condensé d'extrêmes : gagner masque toutes les faiblesses, mais perdre engendre une amertume intérieure qui ne s'engourdit jamais. Pour un entraîneur qui se prépare toujours au pire, une autre saison à naviguer sur des marges étroites a eu un effet.
L'annonce d'une année sabbatique était à la fois une surprise et une étape naturelle pour un homme de 61 ans qui a passé près de trois décennies dans le management. Valverde a confirmé qu'il ne sera sur aucun banc la saison prochaine — « la próxima temporada no entrenaré » — et que son avenir au-delà reste indéfini. La clarté de cette pause, décrite comme un « paréntesis con los banquillos », suggère un homme assez conscient de lui-même pour reconnaître quand le réservoir est vide. Il rejoindra désormais les supporters de l'Athletic en tant qu'« un aficionado más », une phrase qui capture son identification profonde avec l'identité humble et communautaire du club.
Les adieux dans le vestiaire ont été décrits avec une retenue caractéristique : « Hemos flojeado un poco todos. » Il y avait de la frustration face à la façon dont le match a dérapé, mais aussi une vulnérabilité partagée alors que Valverde et ses capitaines s'adressaient à l'équipe. Ce sont ces moments qui transcendent la tactique, les aveux silencieux qu'après une longue saison, même les professionnels les plus endurcis peuvent craquer. Pour une équipe qui se targue de résilience, admettre que « nous avons tous été un peu émus » humanise le marathon qu'ils ont enduré.
L'entraîneur entrant Edin Terzić hérite d'une équipe en transition, et le dernier conseil de Valverde était à la fois simple et profond : « Lo mejor de este club es un club especial. Y se va a dar cuenta desde el momento que llegue. » Ce club est spécial, et il s'en rendra compte dès son arrivée. Ce n'est pas un dossier tactique mais un sentiment qui résonne à travers Ibaigane : l'Athletic est un écosystème où les résultats comptent mais l'identité compte plus. Terzić, l'ancien entraîneur du Borussia Dortmund, apprendra rapidement que le succès ici se mesure autant par l'alignement avec les valeurs basques que par les points au classement.
Une légende qui part a également reçu une haie d'honneur ce soir-là — Dani Carvajal du Real Madrid, qui fêtait lui-même un jalon. Valverde a noté que les deux équipes ont participé « por inercia », par pur respect, un moment qui transcende les rivalités entre clubs. Les rituels du football, semblait-il suggérer, rappellent à tous que les résultats finissent par s'estomper, mais que le code du jeu perdure. Pour Valverde, qui a été façonné par ce code, la vision était un décor approprié pour ses propres adieux.
Alors que l'Athletic Club tourne la page, le vide laissé par Valverde est autant émotionnel que tactique. Son successeur doit exploiter l'esprit collectif d'un club qui perd son cœur battant chaque fois qu'une légende s'en va. La tâche de Terzić sera de canaliser l'essence « spéciale » en progrès tangibles, en équilibrant le pipeline de l'académie avec le besoin immédiat de résultats. Le conseil d'administration de l'Athletic espère que la perspective fraîche de l'Allemand pourra libérer le potentiel de l'équipe, mais l'ombre de Valverde — le navigateur calme et avisé — planera sur les premiers mois.
Le coup de sifflet final au Bernabéu a scellé une défaite 3-1, mais les chiffres qui perdureront sont 504 et un héritage bâti sur une dignité tranquille. « Estoy muy emocionado por terminar », a admis Valverde, et cette émotion portait le poids d'une carrière vécue pleinement. Il ne part pas avec un trophée de championnat mais avec quelque chose de plus précieux à Bilbao : l'affection durable d'un public qui vénère ses loyaux. Alors qu'il s'éloigne, le Pays basque perd un entraîneur mais gagne un supporter, et le monde du football perd l'une de ses voix les plus intègres — du moins pour l'instant.
Basé sur un reportage de Marca.