Arsenal a décroché le titre de Premier League de manière extraordinaire mardi, en s'emparant du trophée sans même avoir à taper dans un ballon, alors que Manchester City trébuchait sur un match nul 1-1 à Bournemouth. Ce fut un moment de douce revanche pour une équipe qui avait passé une grande partie de la campagne à lutter non seulement contre ses adversaires mais aussi contre le poids de sa propre histoire.
Le dernier sacre en championnat des Gunners remontait à la mythique saison des Invincibles en 2003-04, et les deux décennies qui ont suivi ont été jonchées de faux espoirs. Trois deuxièmes places consécutives, chacune derrière l'implacable machine de City, avaient renforcé l'idée qu'Arsenal était un éternel second, condamné à regarder une autre équipe soulever le trophée.
Ce récit a explosé au début de cette année lorsque, après avoir mené le classement depuis la septième journée et construit une avance de neuf points sur City, la saison d'Arsenal menaçait de s'effondrer. La créativité qui avait défini leur ascension s'est tarie alors que Martin Ødegaard et Bukayo Saka succombaient à une série de blessures. À partir de la mi-février, l'équipe de Mikel Arteta est devenue lente et prévisible, même le habituellement progressif Martin Zubimendi se limitant à des passes latérales.
Manchester City, maître des remontées en fin de saison, a saisi sa chance. Une victoire 1-0 à Burnley fin avril leur a permis de reprendre la première place, une position qui semblait inévitable compte tenu de leur parcours. Pire pour Arsenal, les hommes de Pep Guardiola venaient de les battre deux fois de suite : une finale de Coupe de la Ligue 2-0 à Wembley en mars, puis une victoire 2-1 en championnat à l'Etihad. L'étiquette de 'bottler', terme du football anglais pour désigner les favoris qui craquent sous la pression, semblait définitivement collée.
Pourtant, le pendule a de nouveau basculé. Au moment où les sceptiques aiguisaient leurs jugements, Arsenal a trouvé un second souffle. Les joueurs clés ont retrouvé la forme et la condition physique, notamment Saka et Leandro Trossard, dont la réinvention a enflammé l'attaque. Parallèlement, la réintroduction de Myles Lewis-Skelly et Riccardo Calafiori dans le onze de départ a apporté une énergie nouvelle et une solidité défensive. Un public rugissant de l'Emirates, furieux du récit de l'échec, a entraîné l'équipe vers l'avant.
Les paris tactiques d'Arteta ont largement porté leurs fruits. La décision d'intégrer Viktor Gyökeres de manière plus centrale, par exemple, a ajouté une nouvelle dimension dans la surface de réparation. La combinaison de la récupération individuelle et de la résurgence collective a produit une série de victoires au moment précis où City commençait à flancher. Un match nul 3-3 à Everton, en soi un choc, a été suivi de la nuit décisive à Dean Court, où l'égalisation de Bournemouth a effectivement offert le titre à Arsenal.
Tout au long de la tourmente, Arteta a maintenu une croyance inébranlable qui a déconcerté ses critiques. Ses messages constamment optimistes, même lorsque les résultats baissaient et que le football devenait stérile, se sont avérés être un coup de maître. « C’est une très belle saison, mais elle pourrait devenir très très très belle s’ils remportent la Ligue des champions », a déclaré l'ancien défenseur d'Arsenal Gaël Clichy, faisant écho au sentiment que le titre de champion pourrait être le tremplin vers une gloire encore plus grande.
Le titre n'est pas seulement un trophée ; c'est une barrière psychologique transformatrice brisée. Pour un club devenu synonyme d'échec élégant, le triomphe 2024-25 réécrit le scénario. Les « Invincibles » ont désormais de dignes successeurs, une équipe qui a refusé de plier quand l'histoire et la forme suggéraient qu'elle le ferait.
À l'avenir, la Ligue des champions se profile avec des attentes accrues. Le mélange d'exubérance juvénile et de vétérans aguerris d'Arsenal, désormais endurcis par une course au titre épuisante, constitue une véritable menace continentale. Le pactole financier et le prestige de la couronne de Premier League renforcent également la position du club sur le marché des transferts estival.
Cette victoire est un testament à la persévérance. Des profondeurs d'une crise de créativité et de la piqûre de deux défaites en coupe contre leurs principaux rivaux, Arsenal a reconstruit sa saison brique par brique. Le récit est passé de 'bottlers' à guerriers, une transformation qui redéfinira l'identité du club.
Alors que la poussière retombe sur une campagne dramatique, une image demeure : les joueurs d'Arsenal regardant depuis chez eux alors que le match nul de City confirmait leur destin. C'était un titre gagné non pas dans un seul moment de gloire, mais à travers mille petits actes de résilience. Basé sur des reportages de L'Equipe.