L'atmosphère au centre d'entraînement Continassa de la Juventus était lourde de silence lundi matin. Juste 24 heures après une défaite que personne au sein du club n'avait vue venir, les joueurs sont revenus à la base engloutis par la frustration et l'incrédulité. Il n'y avait aucune excuse, aucun doigt pointé sur de supposées erreurs arbitrales—un contraste frappant avec les conséquences des revers précédents cette saison, comme la défaite contre l'Inter ou l'élimination en Ligue des champions contre Galatasaray, qui avaient au moins provoqué une fierté défiante pour avoir failli réaliser un retournement épique. Cette fois, le silence était absolu, s'étendant des couloirs corporatifs aux vestiaires et finalement au bureau de l'entraîneur Luciano Spalletti, qui a été décrit comme le plus brisé de tous.
Spalletti, visiblement secoué, a choisi de ne pas s'adresser directement à l'équipe. À la place, c'est le directeur Damien Comolli—présent aux côtés de Giorgio Chiellini, Francesco Ottolini et Francesco Modesto—qui a parlé aux joueurs. Son message s'appuyait sur des métaphores familiales familières : « Nous sommes une famille, nous voyageons côte à côte jusqu'à la fin. » Mais la rhétorique n'a pas réussi à pénétrer la morosité collective. Pour une équipe qui, réalistiquement, était encore en course pour une place dans le top quatre un jour plus tôt, l'effondrement soudain les a laissés se démener pour éviter une conclusion catastrophique à une saison qui, paradoxalement, les avait vus comme la deuxième meilleure équipe de Serie A depuis la nomination de Lucio.
Les mathématiques sont impitoyables. Pour obtenir une place en Ligue des champions, la Juventus doit battre son rival local Torino lors du dernier match de la saison, puis compter sur une série de résultats favorables ailleurs : ils ont besoin que Como perde des points contre Cremonese, et que soit l'AC Milan soit la Roma ne gagnent pas leurs matches respectifs contre Cagliari et Vérone. Même une voie alternative—une victoire de la Juventus combinée à des défaites pour Milan et la Roma—dépend encore d'événements hors de leur contrôle. Après une campagne qui promettait tant sous une nouvelle identité tactique, la perspective de terminer en dehors du top quatre ressemble à un cauchemar éveillé pour un club de la stature de la Juve.
Le poids émotionnel est particulièrement lourd pour la poignée de joueurs qui ont vécu le précédent nadir du club, la débâcle de Zenica. Ce souvenir pique encore, et la situation actuelle ne fait qu'approfondir les cicatrices. De plus, les implications s'étendent bien au-delà du classement de cette saison. Sans qualification pour la Ligue des champions, la Juventus risque de perdre environ 40 millions d'euros de revenus—un coup qui remodelerait drastiquement leur marché des transferts estival. Au lieu de cibler des renforts de haut niveau, le club serait contraint de faire ses achats dans une catégorie inférieure, à la recherche de bonnes affaires plutôt que de deals retentissants. Les contraintes financières seraient aggravées par un attrait réduit ; tandis que certains joueurs pourraient encore être disposés à rejoindre, d'autres—notamment Bernardo Silva de Manchester City—demanderaient à leurs agents de mettre fin à toute négociation si la Juventus ne peut pas offrir la compétition de clubs de premier plan en Europe.
La conscience de cette transformation imminente est déjà palpable au sein de l'équipe. Alors que certains joueurs lacèrent leurs chaussures ce matin-là, ils ont échangé des regards avec des coéquipiers qui ont déjà accepté le fait que le derby contre Torino sera leur dernier sous les rayures noires et blanches. Le sentiment d'un « année zéro » imminent—encore un autre nouveau départ supposé qui pourrait n'aboutir qu'à la même fin décevante 12 mois plus tard—plane dans l'air. Pour un club qui a tangué d'une reconstruction à l'autre, la menace d'une autre saison de transition sans la bouée de sauvetage de la Ligue des champions est une pilule amère à avaler.
Pour aggraver la misère, l'équipe a bénéficié d'un jour de congé pour se ressourcer physiquement et mentalement avant l'affrontement final. Il reste à voir si ce bref répit peut restaurer suffisamment d'énergie et de concentration. La préparation tactique et psychologique pour le match contre Torino sera une tâche monumentale pour Spalletti, qui doit rallier un groupe qui semble brisé. Le Derby della Mole, habituellement un choc féroce de fierté, porte désormais le poids des ambitions de toute une saison—et la perte potentielle de tout ce qui avait été construit depuis que Lucio a pris les rênes.
Dans les couloirs de Continassa, le silence en dit long. C'est le son d'un club confronté à la possibilité que leurs espoirs de Ligue des champions soient déjà morts, maintenus en vie seulement par des permutations mathématiques. Les prochains jours détermineront si la Juventus peut rassembler une dernière poussée ou si elle sera reléguée à une place indésirable en Europa League, forcée de faire face aux conséquences financières et compétitives. Pour l'instant, la seule certitude est que le match final sera un test atroce de caractère pour une équipe qui s'était habituée aux nuits européennes d'élite. Basé sur les reportages de Tuttosport.