Les droits télévisés de la Coupe de France sont en péril alors que France Télévisions tente de réduire de moitié son engagement financier, à quelques jours seulement de la finale de la compétition entre Lens et Nice. Avec le contrat actuel sur le point d'expirer, l'offre réduite du diffuseur public de 4 millions d'euros par an a plongé la Fédération Française de Football (FFF) dans l'incertitude quant à l'avenir en clair du tournoi.
La Coupe de France repose depuis longtemps sur un modèle de double diffusion, avec France Télévisions assurant la couverture en clair (un match par tour plus la finale) aux côtés du partenaire payant beIN Sports. L'accord actuel, d'une valeur de 8 millions d'euros par an pour la FFF, constituait une source de revenus stable pour la fédération. Cependant, France Télévisions n'a pas encore renouvelé, et sa nouvelle proposition représente une réduction de 50 %.
Le diffuseur public est soumis à des contraintes financières sans précédent. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes du réseau, a exposé la gravité de la situation lors d'une réunion avec l'Association des journalistes médias (AJM). Il a révélé que France Télévisions a absorbé une réduction stupéfiante de 225 millions d'euros de son budget depuis 2015, une tendance qu'il a qualifiée d'« insoutenable » pour maintenir son périmètre actuel de missions.
Cette année seulement, l'organisation a été contrainte d'économiser 15 millions d'euros, ce qui a conduit à la vente de neuf de ses quinze matchs de rugby du Tournoi des Six Nations au concurrent commercial TF1. Les coupes menacent désormais de s'étendre au football, le contrat de la Coupe de France étant une cible privilégiée pour les mesures d'économie. Sitbon-Gomez a admis ne pas encore connaître le budget de l'année prochaine, laissant peu de marge de négociation.
En réponse à l'offre initiale de 4 millions d'euros, la FFF a soumis une contre-proposition. Bien qu'encore inférieure au prix existant de 8 millions d'euros, elle aurait permis à France Télévisions de réaliser certaines économies par rapport aux années précédentes. Cependant, le diffuseur n'a pas répondu, signalant une réticence à bouger de sa position.
L'impasse soulève le spectre de la disparition de la Coupe de France de la télévision en clair, un scénario qui réduirait considérablement sa visibilité et pourrait nuire à la marque du tournoi. Pour une compétition qui se targue d'être accessible à tous les clubs, des amateurs de petites communes aux géants de l'élite, perdre la couverture de service public serait un coup symbolique.
Ce bras de fer reflète les turbulences plus larges des droits médiatiques sportifs. Dans toute l'Europe, les diffuseurs traditionnels sont aux prises avec des budgets en baisse et une concurrence féroce des plateformes de streaming, ce qui les oblige à faire des choix difficiles. En France, la saga des droits de la Ligue 1 a déjà démontré la volatilité du marché, et maintenant la coupe nationale se retrouve dans le collimateur.
Si aucun accord n'est trouvé, les téléspectateurs pourraient être contraints de se tourner uniquement vers beIN Sports pour la finale et les tours suivants, plaçant le match derrière un paywall. Pour un pays habitué à voir les grands événements sportifs sur les chaînes publiques, cela marquerait un changement significatif. La FFF est parfaitement consciente de la nécessité d'une large exposition pour maintenir l'attrait de la coupe, en particulier auprès des jeunes publics.
Dans ses remarques, Sitbon-Gomez a averti que l'identité fondamentale de service public du réseau est en danger : « Entre ma prise de fonction en 2015 et aujourd'hui, il y a eu une réduction budgétaire de 225 millions d'euros. Et ce n'est pas tenable ; nous n'assurerons pas les mêmes missions avec de moins en moins d'argent. » Ces mots soulignent le dilemme existentiel auquel est confrontée France Télévisions.
Alors que la finale du 22 mai entre Lens et Nice approche à grands pas, l'absence d'accord jette une ombre sur l'événement. Bien que beIN Sports diffuse le match quoi qu'il arrive, l'absence de couverture en clair sur France Télévisions laisserait des millions de téléspectateurs potentiels sans accès, diminuant ainsi le spectacle.
Les jours à venir sont cruciaux. La FFF espère une percée de dernière minute, mais sans flexibilité de la part du diffuseur, le partenariat pourrait se dissoudre. Alors que les deux parties pèsent les réalités financières par rapport à l'intérêt public, la Coupe de France traverse sa plus grande crise de diffusion depuis des années. D'après un rapport de L'Équipe.