Mercredi soir à Lviv, le FC Chernihiv foulera la pelouse face au Dynamo Kyiv lors d'une finale de la Coupe d'Ukraine que peu de gens auraient imaginée en début de saison. Le club de deuxième division, englué dans une lutte pour le maintien, est à 90 minutes non seulement de soulever un trophée mais aussi de décrocher une place en Ligue Europa la saison prochaine. Pour un club d'une ville qui a subi certains des bombardements les plus intenses de l'invasion russe à grande échelle, l'occasion a une signification bien au-delà du football.
L'ascension du FC Chernihiv est une histoire de résilience née des décombres. Le club, formé des cendres du FC Desna — dont le séjour en première division a pris fin lorsque son stade a été détruit par des bombardements en mars 2022 — a intégré la Première Ligue ukrainienne à la reprise du sport plus tard dans l'année. Composé en grande partie de joueurs et de membres du staff locaux, il incarne une communauté déterminée à reconstruire. Aujourd'hui, ils affrontent le Dynamo, le club le plus titré du pays, dans un affrontement de David contre Goliath qui se déroule alors que le stade rénové de Chernihiv s'apprête à accueillir son premier match depuis plus de quatre ans ce samedi contre Inhulets.
Le chemin vers la finale était à peine croyable. En demi-finale, le FC Chernihiv a eu un homme expulsé à la cinquième minute contre le Metalist 1925 Kharkiv, mais a tenu bon pour une victoire aux tirs au but qui a déclenché des célébrations sauvages. Ce fut un triomphe de l'esprit face à l'adversité, un thème qui traverse tout ce que le club représente. « Avoir un club représentant notre ville sur cette scène en fait le plus grand moment de l'histoire du football à Chernihiv », a déclaré Artem Rakitin, un vétéran de guerre et mentor de jeunes qui a lancé un nouveau groupe d'ultras cette saison.
Les enjeux sont presque contradictoires. Une victoire offrirait une aventure européenne inimaginable pour une équipe fonctionnant avec un budget annuel de seulement 560 000 £, le plus petit de la division. Pourtant, une défaite en finale de la coupe sera rapidement suivie d'un match décisif pour la relégation samedi, lorsque Inhulets se rendra au stade nouvellement rénové. Le stade du club, situé directement entre les lignes ukrainiennes et russes pendant le siège de 2022, a été bombardé par les forces russes. Sa rénovation, achevée cette semaine, est à la fois une nécessité pratique et un symbole de défi.
Le football à Chernihiv a longtemps été une bouée de sauvetage. L'académie de la ville, gérée par le FC Chernihiv, forme environ 500 enfants, dont beaucoup ont perdu leurs parents à cause de la guerre ou grandissent pendant que leurs mères et pères servent sur le front. Ihor Bobovych, ancien attaquant de Desna devenu entraîneur de jeunes, a décrit le rôle du club : « Cela leur donne l'opportunité de s'entraîner, et non de rester dans des sous-sols. Une académie peut être un phare d'espoir. » Cette phrase résume l'ambiance alors que l'équipe se dirige vers l'ouest, à Lviv.
Rakitin lui-même personnifie le lien entre le club et l'expérience de guerre de la ville. Officier des forces spéciales qui a perdu son œil droit à cause d'un éclat d'obus, il a dirigé l'évacuation de 25 000 femmes et enfants pendant le siège de Chernihiv et a ensuite participé à la libération de l'île aux Serpents. Aujourd'hui, il canalise son énergie vers la jeune génération, organisant des séances d'entraînement physique et mental pour les jeunes qui font également office de groupe de supporters. « Nous connaissons personnellement tous les joueurs de l'équipe », dit-il. Leur présence à Lviv — environ 900 supporters vêtus de jaune et de noir — témoignera de ce lien.
La finale est une chance pour Chernihiv de revendiquer une place sur la carte du football européen alors que leur propre stade reste en chantier. Les propriétaires du club, Yurii et Mykola Synytsia, ont mené le développement contre toute attente, mais leur vision d'un stade agrandi de 4 000 places reste en suspens jusqu'à des jours plus sûrs. Pour l'instant, la priorité est le moment qui les attend : 90 minutes contre le Dynamo Kyiv et la perspective de la Ligue Europa, un résultat qui graverait cette équipe dans le folklore.
Chernihiv reste sous menace quotidienne ; sur la route entre le siège du club et le centre-ville, un drone russe a été intercepté et a explosé au-dessus d'eux. Pourtant, le club et ses supporters refusent de se laisser intimider. La finale de la coupe, diffusée dans tout un pays encore en guerre, offre un rare moment de joie et de fierté collective. « C'est un moment crucial pour nous dans ces circonstances », a ajouté Rakitin. « Les drones, les missiles balistiques, les roquettes et les sirènes ont affecté le sport dans toute la région de Chernihiv. »
Quel que soit le résultat, le FC Chernihiv a déjà livré quelque chose d'inestimable : la preuve que même dans les moments les plus sombres, un petit club peut rêver grand et, ce faisant, remonter le moral de toute une région. Lorsqu'ils entreront sur la pelouse de l'Arena Lviv, ils porteront les espoirs d'une ville qui refuse d'être définie par la destruction. Basé sur un reportage du Guardian.