Le 9 juillet 2006, à l'Olympiastadion de Berlin, Zinedine Zidane s'est avancé pour tirer un penalty qui deviendrait l'image emblématique de son dernier match professionnel. C'était la sixième minute de la finale de la Coupe du monde contre l'Italie, et après que Marco Materazzi ait fait faute sur Florent Malouda dans la surface, Zidane a fait l'impensable : il a exécuté une panenka parfaite, en lobant doucement le ballon au-dessus du plongeon de Gianluigi Buffon. Le ballon a frappé la face inférieure de la transversale, a rebondi sur le terrain, mais avait clairement franchi la ligne. C'était la première et unique panenka de l'illustre carrière de Zidane — un pari qui a payé de façon spectaculaire sur la plus grande scène de toutes.
Zidane a expliqué plus tard sa décision dans un documentaire de L'Équipe en 2022, avouant qu'il n'avait jamais tenté un tel penalty auparavant. « Si vous ratez une panenka, vous avez l'air un peu ridicule », a-t-il dit en souriant. Mais face à Buffon, un gardien qu'il connaissait parfaitement, Zidane pensait qu'un tir conventionnel serait arrêté. Buffon avait étudié les penalties de Zidane en profondeur, alors le Français a décidé de faire confiance à son instinct et de choisir l'imprévisible. « Je fais ce geste parce que je sais que c'est comme ça que je marquerai, même si ça touche la barre. C'était juste, mais c'est entré ! » a-t-il raconté. L'audace a laissé son coéquipier Fabien Barthez murmurer « Il est fou ! » sur le banc de touche.
Ce moment n'était pas un acte isolé de talent mais l'aboutissement d'une carrière construite sur la performance sous pression. Zidane avait marqué deux fois en finale de la Coupe du monde 1998 de la tête, avait enchaîné un but vainqueur légendaire en finale de la Ligue des champions 2002, et maintenant, lors de son dernier match, il ajoutait une panenka à son répertoire. Le penalty a été un chef-d'œuvre psychologique, une déclaration audacieuse qui a immédiatement mis l'Italie sur la défensive. Il a également montré la compréhension profonde de Zidane de la dimension mentale du jeu, en déjouant l'un des meilleurs gardiens de l'histoire en s'écartant de tous les schémas que Buffon avait préparés.
Cependant, le conte de fées ne durerait pas. Alors que le match avançait, la soirée de Zidane a pris un tournant plus sombre. À la 80e minute, il a subi une blessure à l'épaule après un duel aérien, jouant dans la douleur alors que les prolongations approchaient. Le documentaire de L'Équipe « 9 juillet 2006 » revient sur cet épisode souvent négligé, révélant le tribut physique qui accompagnait son parcours émotionnel. Puis, à la 110e minute, le monde a regardé avec incrédulité alors que Zidane donnait un coup de tête à Materazzi et recevait un carton rouge. L'élégance de la panenka contrastait désormais nettement avec la violence qui a mis fin à sa carrière.
Les conséquences ont été immédiates et profondes. Sans leur capitaine, la France a perdu la séance de tirs au but, avec l'échec de David Trezeguet et les exploits de Buffon offrant le trophée à l'Italie. Zidane est passé devant le trophée de la Coupe du monde sans lever les yeux, une image devenue synonyme de fins tragiques. Pourtant, la panenka est restée le point culminant du match — un moment de pure magie qu'aucune controverse ne pouvait effacer. C'était un rappel que même dans la défaite, Zidane avait produit quelque chose d'inoubliable.
D'un point de vue tactique, le penalty a souligné l'évolution de l'art du jeu d'esprit dans le football. Le choix de Zidane d'abandonner sa méthode habituelle — tirs puissants dans les coins — en faveur d'un lob était un risque calculé qui a payé précisément parce qu'il était inattendu. Les analyses modernes ont depuis rendu les tendances des penalties plus prévisibles, mais la panenka reste une arme rare, nécessitant un sang-froid exceptionnel pour être exécutée. Zidane a affirmé plus tard que s'il avait été présent pour la séance, il aurait tenté la même technique, insistant sur sa conviction dans la guerre psychologique.
L'héritage de cette panenka s'étend au-delà de Zidane lui-même. Elle a inspiré une génération de joueurs à tenter le lob dans des moments à enjeux élevés, d'Andrea Pirlo contre l'Angleterre en 2012 à Alexis Sánchez en finale de la Copa América 2015. Pourtant, aucune n'a le même poids, car aucune n'a été réalisée par Zidane lors de son dernier match, avec la Coupe du monde en jeu. La finale de 2006, malgré sa notoriété, est désormais une référence culturelle, et la panenka en est le joyau.
Le documentaire « 9 juillet 2006 » sert de rappel opportun de la richesse de cette nuit. En compilant des dizaines de vidéos, il capture non seulement les moments forts mais aussi les subtilités — les hymnes tendus, la blessure à l'épaule, les innombrables « et si ». Il renforce que la panenka de Zidane n'était pas seulement un but mais un pivot narratif, mettant en place une histoire qui oscillerait entre la gloire et la disgrâce. Même si son coup de tête domine les discussions, la panenka demeure comme l'expression la plus vraie de son talent artistique.
En fin de compte, la seule panenka de Zidane était plus qu'un but ; c'était un emblème de son approche intrépide du jeu. Il connaissait les enjeux, il connaissait son adversaire, et il a choisi la voie du risque maximum pour une récompense maximale. Qu'elle soit survenue contre l'Italie, l'équipe qui briserait finalement les cœurs français, ne fait qu'ajouter à sa force émotionnelle. Alors que les fans de football se souviennent de la finale de la Coupe du monde 2006, ils débattront toujours de ce qui aurait pu être — mais ils s'émerveilleront toujours de ce que Zidane a réellement fait à cette sixième minute.
Basé sur des reportages de L'Équipe.