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La victoire asiatique de Naegohyang : ce que le drapeau

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Naegohyang a battu Tokyo Verdy Beleza 1-0 pour remporter la Ligue des champions féminine asiatique, arborant le drapeau de la Corée du Nord en Corée du Sud, et

Dans un match chargé de symbolisme politique, le Naegohyang nord-coréen a remporté la première Ligue des champions féminine asiatique en battant 1-0 le Tokyo Verdy Beleza japonais. La finale, disputée dans la ville sud-coréenne de Suwon, a vu la capitaine Kim Kyong Yong marquer juste avant la mi-temps pour assurer le trophée et inscrire le nom de son équipe dans l'histoire continentale.

Le moment de la victoire est survenu dans le temps additionnel de la première mi-temps, punissant un moment de relâchement de la défense de Beleza. La finition clinique de Kim depuis l'intérieur de la surface a déclenché des célébrations sauvages parmi les joueuses nord-coréennes, qui ont ensuite parader leur drapeau national autour du stade - une scène bien au-delà des limites du sport. En vertu de la loi sur la sécurité nationale de la Corée du Sud, l'affichage du drapeau nord-coréen est généralement interdit, mais les événements sportifs internationaux constituent une rare exception. Les images de l'étendard rouge, blanc et bleu flottant à Suwon ont souligné l'interaction complexe entre le sport et les tensions intercoréennes.

L'entraîneur de Naegohyang, Ri Yu Il, a décrit l'accomplissement avec émotion. "Aujourd'hui, alors que nous vivons un moment historique en nous imposant comme la meilleure équipe d'Asie, les émotions et la passion que nous ressentons sont tout simplement indescriptibles", a-t-il déclaré. Son équipe, fondée en 2012 et dont le nom signifie "Ma ville natale", a navigué dans un tournoi qui a testé non seulement leur valeur footballistique, mais aussi leur capacité à compartimenter le contexte géopolitique.

Les sous-courants politiques ont refait surface après le coup de sifflet final. Lors d'une conférence de presse d'après-match, un journaliste sud-coréen a interpellé l'entraîneur et la capitaine en faisant référence à leur pays comme "le côté nord". Sans répondre, Ri et Kim se sont levés et sont sortis, un rejet silencieux mais cinglant de la terminologie. Ri a ensuite expliqué son objectif : "Toutes nos joueuses se sont concentrées uniquement sur la victoire du match d'aujourd'hui, en faisant des efforts tout en chérissant chaque minute et chaque seconde. Je n'ai pas eu le temps ni la place de me préoccuper de divers autres problèmes." L'incident a mis en lumière les sensibilités profondes qui persistent entre les deux Corées, qui restent techniquement en guerre près de sept décennies après l'armistice de 1953.

Ce triomphe offre à Naegohyang une place dans la prochaine Coupe du monde féminine de la FIFA, un nouveau tournoi mondial réunissant les championnes des six confédérations. Pour une nation dont le programme de football féminin a souvent fonctionné en isolement, l'exposition mondiale revêt une importance immense. Le voyage de l'équipe à Suwon a lui-même ouvert de nouvelles voies, franchissant la frontière lourdement militarisée pour entrer en Corée du Sud - une rare interaction directe rendue possible par le cadre de la diplomatie sportive.

Environ 1200 spectateurs ont assisté au match, tous issus de groupes civiques soutenus par le ministère sud-coréen de l'Unification. Officiellement, aucun supporter adverse n'était présent en raison des restrictions de voyage entre le Nord et le Sud, mais la présence orchestrée par le ministère a signalé l'adhésion prudente de Séoul à l'événement comme un rameau d'olivier. Avant les demi-finales, le ministre de l'Unification, Chund Dong-young, avait exprimé l'espoir que le tournoi établirait un "précédent positif" pour les relations, une étape timide après des années de détérioration.

La dynamique bilatérale plus large reste tendue. La Corée du Nord a qualifié le Sud de "pays le plus hostile" et a déclaré qu'elle ne poursuivrait plus la réunification. Les provocations militaires et la rupture des lignes de communication ont défini les interactions récentes. Cependant, le président sud-coréen Lee Jae Myung a signalé son désir de rétablir les liens, et les échanges sportifs ont historiquement offert un canal rare pour le dialogue - des équipes olympiques conjointes aux visites de haut niveau.

La victoire de Naegohyang résonne donc au-delà du terrain. Elle démontre la compétitivité soutenue de la Corée du Nord dans le football féminin, un secteur où elle a traditionnellement excellé malgré des ressources limitées. Le titre asiatique s'ajoute à un héritage qui comprend de multiples participations à la Coupe d'Asie féminine de l'AFC et un quart de finale à la Coupe du monde féminine de la FIFA 2007. Pour la Ligue des champions féminine asiatique, l'intégration réussie d'un concurrent nord-coréen apporte un surcroît de légitimité et d'intérêt mondial.

D'un point de vue sportif, la finale a été une affaire tactique. Beleza, une puissance du football féminin japonais, a contrôlé des périodes de possession mais a eu du mal à briser une défense disciplinée de Naegohyang. Le but décisif est venu d'une mêlée sur coup de pied arrêté, illustrant l'efficacité opportuniste des Nord-Coréennes. Le chemin de Tokyo Verdy Beleza vers la finale avait été tout aussi impressionnant, mais ce jour-là, elles n'ont pas trouvé de réponse au moment de qualité de Kim.

Pour l'avenir, la participation de Naegohyang à la Coupe du monde féminine de la FIFA sera surveillée de près. Le tournoi, qui doit faire ses débuts en 2026, oppose les championnes continentales dans un format de mini-tournoi. Pour l'équipe nord-coréenne, c'est une rare occasion de se mesurer aux meilleures du monde, y compris des confrontations potentielles avec des puissances européennes et américaines.

L'incident du drapeau et le départ de la conférence de presse illustrent comment le sport ne peut être séparé de l'identité et de la politique dans la péninsule coréenne. Pourtant, le simple fait que le match ait eu lieu à Suwon, avec les deux parties respectant les formalités de la compétition, laisse entrevoir la possibilité d'un renforcement progressif de la confiance. Reste à savoir si ce "précédent positif" peut se traduire par un dégel diplomatique significatif.

Finalement, Naegohyang a soulevé le trophée dans un stade patrouillé par la sécurité sud-coréenne, leur drapeau flottant aux yeux de tous, une image surréaliste mais puissante d'une nation divisée momentanément unie par le ballon rond. Les joueuses ont célébré avec une joie disciplinée, pleinement conscientes que leur exploit a un poids bien au-delà des lignes de touche.

Basé sur un reportage de BBC Sport.