L'OGC Nice entre dans la dernière semaine d'une saison mouvementée en équilibre sur le fil du rasoir entre gloire et désastre. Vendredi, ils disputent la finale de la Coupe de France contre une équipe lensoise en pleine forme au Stade de France, offrant une chance de remporter un premier trophée majeur depuis des décennies. Pourtant, la célébration pourrait être noyée par une lutte parallèle pour la survie : un barrage de relégation en deux matches angoissants contre Saint-Étienne les 26 et 29 mai. Le contraste est frappant, tout comme les blessures auto-infligées qui ont transformé cet épilogue en un cauchemar potentiel.
Si Nice soulève la coupe, il obtiendrait une qualification pour la Ligue Europa, marquant une troisième campagne européenne consécutive – un exploit que le club n'a pas réalisé depuis les années 1960, lorsqu'il jouait la Coupe des villes de foires de 1966 à 1969. Cependant, la même génération risque également un cap non désiré : devenir la première équipe niçoise en 29 ans à descendre en Ligue 2. Cette possibilité plane sur l'Allianz Riviera comme un nuage d'orage depuis novembre dernier.
Le mal s'est installé le 30 novembre, lorsqu'une défaite 3-1 à Lorient a déclenché une réaction furieuse des ultras. Au retour de l'équipe, les supporters ont confronté les joueurs dans ce qui a été décrit comme un accueil hostile, déclenchant une crise qui a vu un exode rapide. L'entraîneur Franck Haise a quitté son poste, le directeur sportif Fabrice Bocquet est parti, et les attaquants clés Terem Moffi et Jérémie Boga ont quitté le club dans la tourmente. Cet épisode a brisé la confiance entre l'équipe et les supporters.
Ces fractures se sont considérablement élargies dimanche soir. Après un match nul sans but à domicile contre la lanterne rouge Metz – un résultat qui laissait Nice face à la trappe des barrages – les ultras de la Populaire Sud ont envahi la pelouse à la fin du match. Ils ont lancé des fumigènes et des projectiles agricoles sur le terrain, forçant les officiels du match et la sécurité à se précipiter. Bien que le plan de sécurité ait été noté 1 sur 5 par l'unité nationale anti-hooliganisme et comprenait 110 policiers plus 441 stewards privés, l'invasion s'est déroulée avec facilité, soulevant des questions urgentes sur d'éventuelles récidives.
La commission de discipline de la LFP siégera en session d'urgence mardi pour juger des perturbations. Compte tenu de la nature hostile de l'invasion et du calendrier serré, une fermeture partielle ou totale du stade pour le match retour du barrage le 29 mai semble la sanction la plus probable. Le club entend argumenter que des mesures robustes étaient en place et que personne n'a été blessé, mais l'ampleur de l'incursion et les craintes d'un débordement pire si le barrage tourne mal pèseront lourdement sur la décision.
Ironiquement, plusieurs joueurs et leurs entourages admettent en privé qu'ils préféreraient un stade silencieux à l'atmosphère corrosive qui a hanté les matches à domicile. Depuis l'incident de Lorient, le Kop a monté un boycott d'un mois, et même lorsque les gradins étaient pleins sans ultras, les spectateurs restants huaient leur propre équipe. Pendant la seconde période contre Metz, des chants ironiques « olé » ont retenti lorsque Metz jouait avec le ballon, et un chœur de « On est en Ligue 2 » a résonné depuis la Populaire Sud. L'environnement toxique a brisé la confiance de l'équipe.
L'hostilité s'est étendue aux individus avec une précision chirurgicale. Lorsque l'attaquant espagnol Kevin Carlos est entré en jeu, le kop a scandé son nom avec une lourde ironie – un clin d'œil cruel à ses zéro but en championnat depuis son arrivée l'été dernier. Sofiane Diop a été remplacé sous un concert de sifflets après une contribution minimale, et le latéral Jonathan Clauss a également subi des huées. Après le match, des dizaines d'ultras se sont rassemblés devant la sortie des joueurs, forçant l'équipe à se réfugier dans le vestiaire pendant une demi-heure avant de s'éclipser discrètement. Elye Wahi a même échangé sa voiture avec un jeune joueur pour éviter d'être repéré.
Avec le match aller du barrage à seulement quatre jours après la finale et le retour trois jours plus tard, l'entraîneur Claude Puel fait face à un dilemme de sélection aigu. Le déplacement au Stade de France pendant le week-end de la Pentecôte avait déjà dissuadé de nombreux supporters en raison du coût ; les scènes de dimanche ont accéléré une vague de reventes de billets et des discussions sur un boycott organisé. Dans ce contexte, Puel pourrait aligner une « équipe B » considérablement affaiblie à Paris pour garder ses titulaires frais pour Saint-Étienne – une décision qui aurait été impensable il y a quelques semaines mais qui semble désormais pragmatique.
Un tel pari comporte ses propres risques. Lens, le dauphin de la Ligue 1, a écrasé Lyon 4-0 le week-end dernier avec plusieurs remplaçants sur le terrain, soulignant leur profondeur et leur impitoyabilité. Une lourde défaite dans le stade national approfondirait les cicatrices psychologiques avant le barrage, aggravant une situation déjà mauvaise. La peur d'une humiliation est réelle parmi les fidèles du club.
La crise ne se limite pas au terrain. Dans les coulisses, les relations entre la double direction de Jean-Pierre Rivère et Maurice Cohen, et le représentant d'Ineos Jean-Claude Blanc, sont décrites comme loin d'être transparentes. Les questions de propriété et le manque d'unité filtrent à tous les niveaux du club, amplifiant le sentiment d'un navire à la dérive.
La saison de Nice, qui promettait autrefois un double coup historique entre trophée et survie, vacille désormais au bord de l'infamie. La perspective d'un barrage de relégation à huis clos, d'une finale de Coupe avec l'équipe B et d'une rupture irréparable avec les supporters aurait paru risible l'été dernier. Pourtant, alors que le verdict disciplinaire de mardi se profile et que Puel finalise sa feuille de match pour Paris, le scénario cauchemardesque n'est plus hypothétique – il se déroule en temps réel.
Basé sur des reportages de L'Equipe.