La sélection de Jean-Philippe Mateta dans le dernier groupe de l'équipe de France a suscité des interrogations, mais Didier Deschamps n'a pas caché les circonstances qui ont permis à l'attaquant de Crystal Palace d'obtenir une place. Avec de nombreux absents offensifs, le sélectionneur a dû regarder au-delà de ses options habituelles, se tournant vers un joueur qui flirtait avec la sélection depuis un certain temps. Bien que l'occasion puisse être éphémère, Mateta possède un ensemble de compétences distinctes qui pourraient s'avérer précieuses pour les Bleus.
Lors d'une conférence de presse, Deschamps a été franc sur les raisons de cette convocation, reconnaissant que les absences des titulaires l'ont forcé la main. Le joueur de 28 ans figurait sur des listes de pré-convocation, mais cela pourrait être sa seule chance de faire ses preuves. Les propos de Deschamps étaient à la fois un défi et une mise en garde : Mateta doit saisir sa chance ou risquer d'être à nouveau ignoré une fois que les attaquants de premier choix reviendront.
Le cas de Mateta repose sur une solide campagne en Premier League. La saison dernière, il a inscrit 12 buts hors penalties, se classant septième parmi les buteurs français dans les cinq grands championnats européens. Seul Ludovic Ajorque de Brest, avec 13, a marqué plus parmi les compatriotes non sélectionnés, mais Ajorque est plus âgé et évolue dans un environnement de Ligue 1 moins exigeant. La production de Mateta dans un championnat compétitif de haut niveau souligne son efficacité devant le but.
Ce qui distingue Mateta de l'arsenal offensif actuel de la France, c'est son profil. Contrairement à l'éclectique Ousmane Dembélé, Marcus Thuram ou Randal Kolo Muani – qui peuvent évoluer sur tout le front de l'attaque et prospérer dans les espaces réduits – Mateta est un avant-centre de la vieille école. Il ne possède pas la même maîtrise du ballon ni la même capacité de dribble, mais il compense par sa puissance et son jeu direct. Avec ses 1,92 m et une force exceptionnelle du haut du corps, il est taillé pour mener la ligne en tant qu'attaquant solitaire.
À Crystal Palace, l'entraîneur Oliver Glasner a adapté le système pour maximiser les forces de Mateta. Disposé en 3-4-2-1, il opère comme point focal, avec deux milieux offensifs – actuellement Ismaïla Sarr et Yéremy Pino, auparavant Michael Olise et Eberechi Eze – qui gravitent derrière lui. Ces créatifs non seulement combinent avec Mateta mais aussi étirent les défenses, créant les espaces qu'il aime exploiter. Le Français est habile à lire ces intervalles et à s'engouffrer dans la profondeur, et une fois lancé, son mélange de vitesse et de puissance en fait un cauchemar pour tout défenseur.
Ce style peut se traduire par un atout potentiel pour la France. Deschamps a souvent privilégié des attaquants mobiles et interchangeables, mais face à des défenses compactes et regroupées, une présence physique comme Mateta pourrait être la clé pour débloquer des adversaires récalcitrants. Son jeu en pivot, sa capacité aérienne et son talent pour occuper les défenseurs centraux pourraient libérer des stars comme Kylian Mbappé ou Antoine Griezmann pour trouver des espaces. C'est une dynamique différente, qui offre à Deschamps un précieux plan B.
Le moment de cette convocation a du poids. Avec les grands tournois à l'horizon, chaque audition compte. La situation de Mateta rappelle celle d'un autre joueur tardif, Olivier Giroud, qui est devenu un attaquant de pointe indispensable pour la France bien qu'il ne corresponde pas au moule traditionnel d'un attaquant rapide. Si Mateta peut reproduire ne serait-ce qu'une fraction de l'impact de Giroud, il pourrait se tailler une niche similaire. Après tout, Deschamps a montré qu'il apprécie d'avoir des solutions tactiques alternatives.
Pourtant, la voie à suivre est étroite. Les commentaires de Deschamps suggèrent qu'une fois la crise des blessures résorbée, Mateta pourrait se retrouver à nouveau à l'extérieur. La concurrence est féroce, avec des talents plus jeunes et des stars établies devant lui dans l'ordre de sélection. Pour Mateta, cette fenêtre est plus qu'une simple convocation ; c'est un baptême du feu. Chaque séance d'entraînement, chaque contact en match sera scruté.
La psychologie d'une telle situation ne peut être sous-estimée. Mateta doit marcher sur une ligne fine entre jouer son jeu naturel et essayer trop fort d'impressionner. Le soutien d'un entraîneur expérimenté en Premier League comme Glasner, qui lui fait implicitement confiance, sera crucial pour le préparer à la scène internationale. La confiance de Mateta, renforcée par une saison à 12 buts, devrait le servir.
En fin de compte, le récit est entre les mains de Mateta. Un but, une passe décisive, ou même un match altruiste qui met en valeur son approche collective pourrait changer les perceptions du jour au lendemain. Le football est plein d'histoires de joueurs négligés qui saisissent des opportunités inattendues. Cette équipe de France, débordante de talents mais aussi en pleine transition, pourrait être l'environnement idéal pour un outsider déterminé à briller.
Alors que la trêve internationale approche, tous les regards seront tournés vers le Stade de France pour voir si Mateta peut transposer sa forme en club sur la grande scène. Deschamps lui a donné la plateforme ; maintenant, c'est au joueur de livrer. Même si cela se termine par une sélection unique, Mateta a les armes pour laisser une impression durable.
Basé sur un reportage de L'Equipe.