Ross Stewart se trouve à l'aube de deux moments décisifs de sa carrière. Dans quelques jours, l'attaquant de Southampton foulera la pelouse de Wembley pour la finale des play-offs du Championship contre Hull City, puis rejoindra la première sélection écossaise pour une Coupe du Monde en 28 ans. C'est une perspective vertigineuse pour un joueur qui, il y a dix ans, se relevait des terrains boueux de juniors avec le nez cassé et l'ego meurtri.
L'ascension improbable de Stewart a commencé par un échec. Libéré par les équipes de jeunes de St Mirren, du Celtic et de Partick Thistle, l'adolescent dégingandé a vu sa confiance anéantie. Face à la perspective de s'éloigner complètement du football professionnel, il est descendu dans le football junior écossais — un environnement semi-professionnel farouchement compétitif, loin du confort des académies.
À Ardeer Thistle puis à Kilwinning Rangers, Stewart a trouvé une seconde chance parmi des vétérans endurcis et des tribunes exigeant de la résilience. « Quand je suis allé jouer chez les juniors, évoluer dans un environnement d'adultes, j'ai vraiment accroché et je suis retombé amoureux du football, de la camaraderie et des plaisanteries », se souvient Stewart. Contrairement au football de jeunes, il était traité comme un adulte, et les buts ont rapidement suivi.
Le football junior n'est pas pour les âmes sensibles, et Stewart en porte littéralement les cicatrices. Il se souvient d'un choc contre Pollok où une épaule au visage lui a brisé le nez et l'a laissé pointant de travers. « Il y avait du sang partout… et on se faisait traiter de 'simulateur' et tout ça », dit-il. Cette atmosphère impitoyable a forgé un attaquant sans peur des batailles physiques.
Quand Albion Rovers l'a contacté pour un retour à la SPFL, le chemin de Stewart a pris un autre tournant unique. Kilwinning voulait 1 500 £, mais Rovers ne pouvait offrir que 1 000 £. Le père de Stewart, Cameron, lui-même ancien libéro chez les juniors, a comblé la différence. « Papa dit que vivre mes rêves est suffisant pour lui, mais je l'ai probablement remboursé en billets gratuits », plaisante Stewart. Cet investissement s'est avéré judicieux.
D'Albion Rovers, Stewart est monté à St Mirren, puis à Ross County, avant qu'un transfert à Sunderland ne transforme sa carrière. Ses buts ont propulsé le géant déchu vers la promotion de League One, lui valant le surnom affectueux de « Drogba du Loch Ness » parmi les fans. Pourtant, alors que son étoile montait, une période d'enfer due aux blessures à Southampton a failli le faire dérailler.
Depuis son arrivée en 2023, Stewart a fait face à des problèmes de forme physique à long terme. Mais sa résilience a brillé en 2024. Neuf buts depuis janvier — dont un contre Arsenal en quart de finale de la FA Cup et un autre en demi-finale des play-offs contre Middlesbrough — ont relancé sa réputation de joueur des grands rendez-vous.
Le sélectionneur écossais Steve Clarke en a pris note. « Depuis janvier, il est dans une riche veine de forme où il a montré qu'il peut marquer des buts importants dans les grands matchs », a déclaré Clarke, ajoutant que l'histoire de Stewart et son retour de blessure rendaient sa sélection pour la Coupe du Monde convaincante. Cette convocation marque un retour en sélection après deux ans d'absence.
Avec la Coupe du Monde qui approche, le choc de samedi à Wembley contre Hull City offre à Stewart une chance de couronner une saison remarquable. Une victoire scellerait le retour immédiat de Southampton en Premier League et cimenterait son statut de héros culte.
Pour un joueur autrefois rejeté et ensanglanté sur les terrains de juniors, une première participation à une Coupe du Monde depuis 1998 pour l'Écosse serait la validation ultime. « C'est une belle histoire », a déclaré Clarke. C'est un récit de persévérance, de sacrifice familial et d'un amour du football ravivé dans les salles de classe les plus rugueuses.
Basé sur un reportage de BBC Sport.