Jeudi soir, le Stade de la Beaujoire à Nantes accueillera plus qu'un match amical entre la France et la Côte d'Ivoire. Il marque un retour poignant pour Emerse Faé, l'entraîneur des Éléphants âgé de 39 ans, né dans cette ville et qui a lancé son parcours footballistique à quelques kilomètres de là. Le match, une préparation pour la Coupe du monde, oppose Faé à Didier Deschamps, un autre fils de Nantes dont l'histoire est liée au club. Alors que les deux entraîneurs arpentent la ligne de touche, la nuit promet d'être une célébration des racines locales et de la compétition de haut niveau.
Le lien de Faé avec Nantes est profond. Il a grandi dans le quartier de Malakoff, à deux pas du stade Marcel-Saupin, et jouait souvent sur les terrains locaux avec des amis. Dans une interview avec So Foot, il a raconté le mercredi fatidique où, à 11 ans, il a remarqué un silence inhabituel sur leur terrain de jeu habituel. Regardant par la fenêtre de son dixième étage, il a aperçu ses camarades rassemblés à un arrêt de bus, se dirigeant vers un essai au FC Nantes. Sans hésiter, il a attrapé son équipement et a sprinté pour les rejoindre. Cette décision spontanée a changé sa vie ; il a été inscrit dans le système U13 du club et a commencé un chemin qui le verrait représenter les Canaries au niveau professionnel.
En tant que joueur, Faé était un milieu de terrain travailleur qui a gravi les échelons de l'académie de Nantes, faisant ses débuts en Ligue 1 en 2003. Il a ensuite joué pour des clubs comme Reading en Angleterre et Nice en France, mais son allégeance internationale allait à la Côte d'Ivoire, le pays de ses parents. Il a obtenu 44 sélections avec les Éléphants entre 2005 et 2012, participant à deux Coupes d'Afrique des Nations et à la Coupe du monde 2006. Après sa retraite, il s'est reconverti en entraîneur, prenant finalement la direction de l'équipe nationale ivoirienne, où il doit désormais les guider vers le Qatar.
L'amical contre la France est une étape cruciale dans la préparation de la Côte d'Ivoire pour la Coupe du monde. Affronter les champions du monde en titre sur leur sol est un baromètre pour le dispositif tactique de Faé et la compétitivité de l'équipe. Pour Faé, le match a un poids supplémentaire alors qu'il retourne dans sa ville natale et dans le stade même où Deschamps a perfectionné ses compétences. La Beaujoire, construite en 1984 juste avant la naissance de Faé, est désormais le théâtre d'un affrontement qui mêle nostalgie et football à enjeux élevés.
Deschamps, lui aussi, a une histoire profonde avec Nantes. Avant de devenir l'entraîneur français le plus titré, il était un milieu de terrain rugueux qui a joué pour l'équipe réserve des Canaries après son arrivée de Bayonne. Son retour en tant que sélectionneur de la France a été célébré lors de précédentes visites, mais le match de jeudi met en lumière un récit différent : la rencontre de deux esprits footballistiques nantais. Alors que l'héritage de Deschamps est solidement établi, Faé écrit les premiers chapitres de sa propre histoire d'entraîneur, et cette rencontre offre un étalon unique.
Cependant, les plans de Faé ont été perturbés par un coup dur inopportun. Le milieu de terrain Jean-Daniel Akpa Akpro a été exclu de la Coupe du monde en raison d'une blessure. À sa place, le défenseur Christopher Operi a été appelé, modifiant la dynamique de l'effectif de Faé. L'absence d'Akpa prive les Éléphants d'un moteur polyvalent au milieu de terrain, tandis que l'inclusion d'Operi ajoute de la profondeur à la défense. La manière dont Faé ajustera sa tactique sans Akpa sera scrutée de près lors de ce match amical, alors que l'équipe cherche à renforcer la cohésion avant le tournoi.
La familiarité de Faé avec le football français pourrait être un atout. Ayant passé l'essentiel de sa carrière de joueur et de sa formation d'entraîneur en France, il comprend les nuances du système des Bleus, des jeunes à la mentalité de l'équipe senior. Cette connaissance de l'intérieur pourrait permettre à la Côte d'Ivoire d'exploiter des faiblesses que d'autres adversaires négligent. Pourtant, l'écart de ressources et d'expérience entre les deux équipes reste immense, et le match testera si Faé peut traduire sa perspicacité tactique en une performance compétitive.
Au-delà des batailles tactiques, le match sert de point d'ancrage émotionnel pour Faé. En arpentant les lignes de touche de la Beaujoire, les souvenirs de son enfance à Malakoff et de ses premiers jours au centre d'entraînement de la Jonelière refont surface inévitablement. Pour un entraîneur encore en train de façonner son identité sur la scène internationale, de tels moments peuvent galvaniser une équipe. Les joueurs ivoiriens pourraient puiser de l'énergie dans le retour aux sources de leur entraîneur, transformant le sentiment en catalyseur d'une prestation fougueuse.
D'un point de vue plus large, cet amical fait partie de la feuille de route de la Côte d'Ivoire pour avoir un impact au Qatar. Les Éléphants ne sont pas étrangers à la Coupe du monde, mais les performances récentes ont été décevantes. La nomination de Faé signale une nouvelle direction, mêlant jeunesse et expérience. La blessure d'Akpa est un test de la profondeur de l'effectif, et des joueurs comme Operi ont désormais une chance de faire leurs preuves. La manière dont l'équipe répondra à l'adversité dans ce match pourrait donner le ton pour le tournoi.
Pour Deschamps, le match est une autre occasion de peaufiner son équipe vedette. La France, en tant que championne en titre, porte le poids des attentes, et chaque amical est scruté pour des indices sur sa défense du titre. Affronter une équipe africaine avec de la physicalité et de la vitesse offrira un défi différent que les adversaires européens. Le public nantais, passionné et connaisseur, appréciera le patrimoine footballistique exposé, même s'il encourage ses propres héros de la Coupe du monde.
Alors que les deux entraîneurs se serrent la main avant le coup d'envoi, le sous-texte de deux natifs de Nantes à différents stades de leur carrière captivera beaucoup de monde. Le parcours de Faé, d'un essai spontané à un entraîneur en route pour la Coupe du monde, témoigne de la beauté imprévisible du sport. Le résultat du match sera peut-être vite oublié, mais la signification de son retour — et les leçons apprises sur le terrain — résonneront bien au-delà du coup de sifflet final. D'après un reportage de L'Equipe.