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Saud Abdulhamid : le seul joueur saoudien basé en Europe

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Saud Abdulhamid, prêté à Lens par la Roma, est la seule exception dans la sélection saoudienne de 26 joueurs pour la Coupe du Monde, par ailleurs entièrement

L'Arabie saoudite a dévoilé lundi sa liste de 26 joueurs pour la prochaine Coupe du Monde, qui se déroulera du 11 juin au 19 juillet, et elle présente une anomalie frappante : Saud Abdulhamid est le seul joueur sélectionné qui évolue en dehors du royaume. Le latéral droit, actuellement prêté au RC Lens par l'AS Roma, fait figure d'exception dans un groupe composé exclusivement de joueurs du championnat saoudien. Cette composition inhabituelle met en évidence l'investissement profond du pays dans sa ligue nationale, tout en soulevant des questions sur l'exposition internationale de ses internationaux.

L'annonce de la liste, faite lundi, a immédiatement attiré l'attention sur la concentration de talents locaux. Tous les joueurs sauf un représentent des clubs de la Saudi Pro League, et même le football de deuxième division est représenté par le gardien Mohammed al-Owais, qui évolue à Al Ula en Saudi Second Division. Cette composition déséquilibrée souligne à la fois le succès du projet domestique saoudien et l'exportation limitée de ses joueurs nationaux vers les meilleurs championnats européens. À une époque où de nombreuses grandes équipes nationales comptent une majorité de leurs effectifs dans des clubs étrangers de haut niveau, l'approche de l'Arabie saoudite est une déclaration forte d'autosuffisance.

Le parcours d'Abdulhamid offre une rare histoire européenne. Ayant rejoint la Roma en 2023, le joueur de 24 ans a eu du mal à obtenir du temps de jeu en Serie A, ce qui a conduit à un prêt au Lens l'été dernier. Le club de Ligue 1 a négocié une option d'achat pour le Saoudien, une clause qui pourrait rendre le transfert permanent s'il impressionne en France. Pour l'instant, sa présence dans la liste pour la Coupe du Monde rappelle que le talent saoudien peut concourir à l'étranger, mais aussi que ces exemples restent rares. Son adaptation au football français, qui exige à la fois une finesse technique et de la physicalité, pourrait être un atout crucial lorsque l'Arabie saoudite affrontera des adversaires de haut niveau.

Le contexte plus large du football saoudien éclaire l'importance de cette composition d'effectif. La Saudi Pro League a recruté agressivement des superstars mondiales lors des récentes fenêtres de transfert, mais le noyau de l'équipe nationale reste largement épargné par les exigences du football européen. Cette approche centrée sur le domestique a donné des résultats mitigés sur la scène mondiale : le sommet d'une victoire historique 2-1 contre le futur champion Argentine lors de la Coupe du Monde 2022 a été tempéré par une élimination en phase de groupes. Ce tournoi a prouvé qu'une équipe bien organisée et composée de joueurs formés localement peut surpasser les attentes, mais des questions persistent quant à savoir si le plafond est limité sans une dose régulière d'exposition de haut niveau en Europe.

Le remaniement de l'encadrement ajoute une autre couche d'intrigue. Hervé Renard, le Français charismatique qui a orchestré la victoire contre l'Argentine, a quitté ses fonctions en 2023 pour prendre en charge l'équipe nationale féminine française. Après une brève période intérimaire, Georgios Donis a été nommé en avril pour diriger les Faucons Verts lors de la Coupe du Monde. Donis, qui a déjà entraîné en Grèce, à Chypre et aux Émirats arabes unis, connaît bien la culture footballistique de la région. Mais arriver à une Coupe du Monde avec peu de temps de préparation est une tâche redoutable. Le tacticien grec doit rapidement inculquer sa philosophie tout en s'appuyant sur le noyau construit par Renard.

L'Arabie saoudite a été placée dans le groupe H avec le Cap-Vert, l'Espagne et l'Uruguay. Le calendrier des matchs présente une pente raide : le Cap-Vert peut être considéré comme l'adversaire le plus abordable, mais il s'est montré coriace lors des récents tournois. L'Espagne, une puissance mondiale, dominera la possession et dictera le rythme, exigeant une concentration constante de la défense saoudienne. L'Uruguay, avec sa redoutable ligne d'attaque menée par des stars expérimentées, mettra à l'épreuve la résilience de la défense de Donis. Pour que l'Arabie saoudite avance, elle devra probablement battre le Cap-Vert et arracher au moins un match nul contre l'un des deux autres adversaires — un défi de taille compte tenu de la disparité des talents basés en Europe dans les équipes adverses.

Le rôle d'Abdulhamid devient crucial dans ce contexte. En tant que seul joueur habitué au rythme et aux tactiques du football européen sur une base hebdomadaire, il pourrait être le lien vital pour traduire les instructions de Donis face à des adversaires de haut calibre. Son expérience au Lens, où il a affronté des équipes comme le Paris Saint-Germain et a développé ses attributs défensifs dans un championnat tactique, pourrait apporter la dimension supplémentaire nécessaire lorsque l'Arabie saoudite se repliera face au tiki-taka espagnol ou au pressing incessant uruguayen. La capacité du latéral droit à lire le jeu et à passer rapidement de la défense à l'attaque pourrait refléter les qualités qui ont fait de lui l'un des rares à sortir du championnat domestique.

La dépendance de l'équipe aux joueurs locaux soulève également des questions tactiques. Bien que la Saudi Pro League ait gagné en qualité, l'intensité d'une phase de groupes de Coupe du Monde est d'un tout autre ordre. Les joueurs qui ne se sont pas constamment testés contre les meilleurs en Ligue des Champions ou dans les cinq grands championnats européens pourraient trouver le saut déstabilisant. Il ne s'agit pas de nier la capacité technique évidente au sein de l'effectif saoudien — des joueurs comme Salem Al-Dawsari, qui a marqué le but vainqueur contre l'Argentine, restent redoutables — mais le manque de diversité dans les environnements de club pourrait s'avérer un handicap lorsqu'il s'agit de s'adapter aux styles variés de l'Espagne et de l'Uruguay. Cependant, la cohésion engendrée par un effectif majoritairement domestique ne peut être sous-estimée. Bon nombre de ces joueurs ont grandi ensemble et ont forgé une complicité qui fait souvent défaut aux équipes disparates composées de joueurs évoluant à l'étranger. Sous Renard, cette unité a été utilisée comme un bloc défensif obstiné et des transitions rapides. Donis espère exploiter le même esprit.

En regardant le tournoi dans son ensemble, les chances de l'Arabie saoudite dépendent de sa capacité à recréer la magie de 2022 tout en comblant les lacunes qui ont conduit à son élimination précoce. La présence d'un joueur comme Abdulhamid indique un pas petit mais significatif vers la réduction de l'écart entre le domestique et l'européen. S'il peut transposer sa forme en club sur la scène internationale, les Faucons Verts pourraient une fois de plus défier les attentes. Alors que la Coupe du Monde approche, tous les regards seront tournés vers la façon dont Donis façonnera une équipe à la fois familière et légèrement inhabituelle. Le seul joueur basé en Europe se dresse comme un symbole de l'identité footballistique évolutive de l'Arabie saoudite — une identité qui a conquis le plan domestique mais qui cherche encore une validation sur la scène mondiale. Que cette exception singulière devienne une tendance dans les tournois futurs dépendra de la performance d'Abdulhamid et de ses coéquipiers dans les semaines à venir.

D'après un reportage de L'Equipe.